Dire oui à la rencontre
dans Le Courrier, par Anne Pitteloud

Dans Tamam, Maxime Maillard met en lien un voyage dans une Turquie en mutation et le mystère d’un amour naissant.
On est saisi d’emblée par les phrases longues et ciselées, le passé simple élégant, la précision des termes pour restituer la richesse de l’expérience, et nous voilà comme soulevés par le rythme ample de la prose. Tamam, deuxième livre de Maxime Maillard après l’autoportrait diffracté de Monsieur Vitesses (2014), est une petite merveille, ni reportage littéraire ni récit de voyage, plutôt tentative de cerner les émotions débordantes nées de la rencontre avec l’autre.
Collaborateur aux pages culturelles du Courrier et à La Côte, l’auteur convoque dans son prologue la figure de Jean-Pierre d’Aigues-Mortes, alter ego fictif d’Albert Londres, et pose la poétique de son récit: s’il aime la posture du journaliste, «peut-être moins un métier qu’une approche» faite d’écoute et de discrétion, «l’impératif d’une distance aux faits» lui semble fastidieux pour rendre compte de son expérience stambouliote: envoyé couvrir la conversion de Sainte-Sophie en mosquée, il se retrouve débordé par l’émotion collective d’une cérémonie qui culmine dans un silence froissé par le bruissement de milliers d’étoffes, au moment où la foule s’incline à la fin de la grande prière.
«Je n’ai pas prémédité ce rendez-vous avec la foule dont l’ampleur inédite, l’ardeur à communier, l’aspiration à faire corps avec Dieu sert en même temps les intérêts supérieurs d’une Nation», note-t-il, éclairant la genèse de Tamam, sa nécessité: «Lorsque, tendu et inaccompli, on n’a plus d’autre choix que de se mettre en mouvement et d’agir avec la certitude que c’est ce qu’il faut faire, de devenir l’obligé d’un appel logé au plus profond de soi.» Et cet appel, ici, tient d’un «accident favorable», de la «confluence entre la destinée d’un pays et le catimini des retrouvailles».
Car à l’été 2020, son amoureuse russe met tout en œuvre pour quitter Moscou, où elle est bloquée par la pandémie. Certificats médicaux à l’appui, elle finit par embarquer dans un car pour Minsk avant d’atterrir à Istanbul. Un périple qui cimentera leur lien naissant.
Avec Larissa, le voyage se poursuit jusqu’en Anatolie. Ils font la route dans le bolide rouge d’un jeune couple en voyage de noces, vers leur nouvel appartement de Konya. Là, en pyjama, leurs hôtes déballent devant leurs yeux ébahis les appareils électroménagers reçus en cadeau de mariage. Scène improbable où le narrateur, qui manie empathie et autodérision, se confronte à sa quête occidentale d’une authenticité perdue, soudain battue en brèche par le rêve de modernité des classes moyennes.
Tamam veut dire oui. Le mot vaut accord, connivence: oui à l’autre, à l’ailleurs, à l’amour, à ce saut dans le vide qu’implique toute vraie rencontre. Et ce court récit de se clore par un élan, une prise de risque – le saut en parapente du narrateur qui se laisse entraîner par Larissa.
30.10.2022

Maxime Maillard est né en 1982 en Suisse. Diplômé en sociologie et en littérature, il travaille pour la presse culturelle.