Faut-il assassiner Poutine? Telle est la question (littéraire)
dans Le regard libre

«Habitué à mêler sciences (fiction) et problématiques contemporaines, André Ourednik présente un petit conte dégoûtant, mais méchamment cathartique. Volodia soulage face à l’impuissance. Un livre à mettre entre les mains de toute personne que l’on aura entendu dire "il faut zigouiller Poutine". À condition qu’elle soit capable de distance.» – Diana Alice Ramsauer
Posons d’emblée le cadre. Le titre est littéraire. Et non littéral. Reste que le roman Volodia – diminutif de Vladimir – traite bien des moyens de supprimer l’homme d’État. Quatre scénarios sont proposés. Au lecteur de choisir. Action cathartique par excellence.
Volodia doit-il être dévoré par un crapaud aux bras de femme? Ecartelé par les parties génitales? Noyé devant l’Assemblée générale des Nations unies? Ou servi en brochette à Matteo, Solovyev et l’ami hongrois? Dans la fiction de l’auteur tchèque André Ourednik, qui est également chargé de cours à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et à l’Université de Neuchâtel, quatre scientifiques testent des solutions de mise à mort.
Chacun des scénarios est expérimenté sur des cerveaux clonés de Volodia. Volodia pour Vladimir: Vladimir Poutine, devine-ton rapidement. Et on s’en doute, le héros et méchant de l’histoire s’offusque. «Le double standard de l’Occident!» se défend-il. Pour lui, ces procédés montrent le vrai visage de la démocratie surlibérale. «Les droits humains par-ci, la libre expression par-là. Bah! Qui est dupe! En vérité, on me trahit! on m’encercle! on me résiste! on me bat! on m’ignore! on m’assassine! Vous restaurez donc la peine de mort.»
L’homme nouveau
Vraiment? La peine capitale? Non. Car il ne s’agit pas d’une exécution sommaire. Mais bel et bien d’un sacrifice humain. «Sa mort [doit] servi de point final sur des millénaires d’histoire pervertie», nous dit-on. Il s’agit d’une rupture: «La fin d’une époque, la fondation psychosomatique d’une posture nouvelle».
Alors on cherche la meilleure manière de marquer le coup. Les scientifiques dissertent. Il s’agit entre autres d’anéantir un système de masculinité toxique, mais il ne faut pas reproduire les agissements critiqués de l’ancien monde. Ainsi, certains chercheurs n’adhèrent pas au fait de «couper les couilles» aux vilains. En aucun cas, l’acte ne devrait ressembler à une vengeance.
Il n’est pas non plus envisageable de présenter la mort comme une forme de retour à la terre, à Gaïa. Toute métaphore maternelle du sein nourricier ou de labyrinthes souterrains pour l’utérus est donc inopportune. La fin ne doit pas s’apparenter à un cycle de vie. Rien ne doit laisser penser à un pardon, à une rédemption.
Qui, combien et comment
La question est bien de savoir comment mettre un terme à la vie de Volodia. Reste qu’on le comprend petit à petit, ce chef d’État ne semble pas le seul à devoir être sacrifié. L’objectif est d’en «traiter un par continent», nous dit-on. D’ailleurs, un certain Jair y serait déjà passé. On est alors en droit de se demander si ces mises à mort permettent vraiment la transition. Si le processus doit se répéter, la question n’est pas «comment» on doit les occire, mais «combien» il faut en éliminer.
Habitué à mêler sciences (fiction) et problématiques contemporaines, André Ourednik présente un petit conte dégoûtant, mais méchamment cathartique. Volodia soulage face à l’impuissance. Un livre à mettre entre les mains de toute personne que l’on aura entendu dire «il faut zigouiller Poutine». À condition qu’elle soit capable de distance.
02.05.2023

Né à Prague en 1978, André Ourednik est chercheur et écrivain. Formé en géographie, en philosophie et en méthodes mathématiques pour les sciences humaines, il est l’auteur d’une thèse de doctorat sur la modélisation numérique de l’espace habité, ainsi que de nombreux articles de revues spécialisées. Il a été data scientist auprès de la Confédération suisse. Il est chargé de cours à l’Université de Neuchâtel et à l’École polytechnique fédérale de Lausanne.